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Rapport Sur le Colloque

Volume 2 Number 3 - May 1994
Pierre-André Loizeau

Rapport sur le colloque "Nature et Jardins botaniques au XXIème siecle", fˆtant le 175ème anniversaire des Conservatoire et Jardin Botaniques de la Ville de Genève

Les Conservatoire et Jardin Botaniques de la Ville de Genève ont organis‚ ... l'occasion de leur 175Šme anniversaire un colloque international ayant pour thŠme "Nature et Jardins botaniques au XXIŠme siŠcle". Ce colloque s'est tenu du 2 au 4 juin 1993 ... GenŠve, suivi d'une excursion post-congrŠs les 5 et 6 juin 1993 en divers lieux de Suisse Romande.

Ce colloque a b‚n‚fici‚ d'une large audience internationale auprŠs des Jardins botaniques et des milieux int‚ress‚s, mais ‚galement sur le plan local, puisque tous les m‚dias r‚gionaux et nationaux de langue fran‡aise en ont parl‚ (quotidiens, magazines, radios, t‚l‚vision). Un documentaire sur l'Institution a ‚t‚ produit et diffus‚ sp‚cialement ... cette occasion par la T‚l‚vision Suisse Romande. Le monde politique s'est aussi grandement associ‚ ... cette manifestation, tant sur le plan municipal que cantonal.

Financement

Ce colloque est l'‚manation de la volont‚ de l'autorit‚ politique de marquer l'‚v‚nement. A cette fin, le conseil municipal de la Ville de GenŠve a vot‚ un cr‚dit extraordinaire qui a permis d'organiser cette manifestation. Rappelons ... cette occasion que les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de GenŠve sont une institution municipale. A ce titre, nous avons pu b‚n‚ficier de la collaboration d'autres services de la Ville de GenŠve:

  • le service d'architecture,
  • le service de la protection civile,
  • le service de la voirie.

Par ailleurs nous remercions ici le BGCI qui a permis la participation de repr‚sentants d‚favoris‚s financiŠrement.

Organisation

Le colloque s'est tenu au Centre International de Conf‚rences de GenŠve (CICG). Il a vu la participation d'environ 250 participants en provenance de 27 pays. Le comit‚ d'organisation a ‚t‚ form‚ par des conservateurs de l'Institution. L'inscription et le logement des participants ont ‚t‚ confi‚s ... une agence genevoise sp‚cialis‚e dans l'organisation de congrŠs, Intercongress.

Les membres du comit‚ d'organisation ‚taient: Prof. Rodolphe Spichiger (directeur), Pierre-Andr‚ Loizeau, Didier Roguet, Catherine Lambelet. L'organisation pr‚liminaire du colloque est grandement due au travail de Catherine Lambelet. Malheureusement pour nous, et heureusement pour elle, elle a d- nous abandonner quelques mois avant le colloque pour donner naissance ... une jolie petite fille... L'organisation du colloque a impliqu‚ l'engagement de tout le personnel des CJB.

Partie officielle

Ce colloque est ouvert officiellement par Alain Vaissade, Conseiller Administratif de la Ville de GenŠve. Il rappelle l'importance de la biodiversit‚ et la n‚cessit‚ de connaŒtre la r‚ponse des espŠces v‚g‚tales aux agressions humaines. Les CJB sont pour lui un instrument pr‚cieux pour ce type d'‚tudes. Et de souligner le deuxiŠme r"le majeur des CJB: l'‚ducation et la communication avec un large public. Il conclut: "L'id‚e du d‚veloppement durable, depuis la Conf‚rence de Rio [Juin 1992], est un passage oblig‚ de la r‚flexion pour une strat‚gie qui intŠgre dans toutes les activit‚s humaines la dimension de l'environnement, et vos travaux men‚s pendant ce congrŠs...y contribueront, ce dont je vous remercie d'avance au nom de la Ville de GenŠve".
Alain Vaissade lit ensuite le message du Conseil d'Etat de la R‚publique et Canton de GenŠve. Nos autorit‚s se disent fiŠres de poss‚der une aussi prestigieuse institution sur le sol de notre canton. Elles rappellent combien la vie scientifique genevoise a ‚t‚ marqu‚e par la pr‚sence des CJB, et que la qualit‚ des travaux scientifiques qui y ont ‚t‚ produits a permis de porter au loin le nom de GenŠve, "... tel point qu'on a souvent pu dire qu'il existait une ‚cole de botanique genevoise, au mˆme titre qu'on d‚crit des ‚coles flamandes et v‚nitiennes de peinture".

Rodolphe Spichiger, directeur des CJB, rappelle briŠvement l'historique du Jardin botanique de GenŠve. Il ‚voque ensuite quelques thŠmes importants du TroisiŠme CongrŠs International des Jardins Botaniques et de la Conservation ... Rio (octobre 1992). Il constate que les discussions li‚es au 150Šme anniversaire des CJB n'avait pratiquement pas abord‚ les probl‚matiques de la protection et de la conservation, mais qu'elles avaient mis en place une politique de d‚veloppement de l'infrastructure du Jardin. Il fait remarquer que "c'est dans la synergie entre tradition et technologie moderne que r‚side l'originalit‚ de l'institut" et dans cette optique explique la n‚cessit‚ de maintenir des collections (herbier et bibliothŠque) en mˆme temps que de d‚velopper des techniques nouvelles d'investigation (informatique, biologie mol‚culaire,...). Enfin il met en ‚vidence les thŠmes de ce colloque, conservation et ‚ducation, qui permettent de pr‚ciser le r"le du Jardin dans la r‚solution des problŠmes environnementaux, par opposition au Conservatoire qui en a moins besoin, "puisque la recherche fondamentale dans le domaine de la biodiversit‚ a toujours fait partie des missions de l'institut".

Alain Clerc, conseiller sp‚cial du Directeur Ex‚cutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, constate que notre ‚poque semble red‚couvrir la Nature et ses exigences, "un peu comme si un certain besoin d'honnˆtet‚ dans les affaires exigeait que l'on prenne des nouvelles de cette vieille parente, la nature, presque oubli‚e durant prŠs de deux siŠcles consacr‚s, voire sacrifi‚s au d‚veloppement industriel". Il rappelle que GenŠve aspire ... devenir un carrefour de la n‚gociation environnementale mondiale et qu'elle accueille le secr‚tariat de la Convention mondiale sur la biodiversit‚. Il pr"ne une red‚finition de l'orientation du d‚veloppement de notre soci‚t‚, "changer de cap", selon le titre de l'ouvrage de M. Schmidheiny, un industriel suisse qui a travaill‚ en ‚troite collaboration avec Maurice Strong, Secr‚taire g‚n‚ral de la Conf‚rence de Rio. Il dresse ensuite une liste des organismes internationaux qui ont contribu‚s ... la sensibilisation ‚cologique, et place la conf‚rence de Rio, "le sommet de la Terre", comme un jalon important dans l'‚volution de la pens‚e ‚cologique. Ce devrait ˆtre "un ajustement de notre r‚flexion visant ... faire ‚voluer nos sch‚mas de d‚veloppement vers une soci‚t‚ plus ‚cologique. C'est, en ce sens, un appel aux d‚cideurs et en particulier aux acteurs ‚conomiques pour une plus grande responsabilit‚ ‚conomique. Cette vision ne met d'ailleurs pas en cause le concept de croissance ‚conomique qui reste le moteur indispensable du progrŠs".

S‚ance pl‚niŠre
Session I Protection de l'environnement: le r"le des Jardins botaniques

La session est pr‚sid‚e par Martin Holdgate (directeur, lUCN), qui constate que le r"le des Jardins botaniques a chang‚. Il met en ‚vidence l'importance de conduire au sein des Jardins botaniques une conservation ... la fois in situ et ex situ, "to ensure that [the cultivated populations] are genetically and demographically viable". La conservation in situ "is unquestionably the best way of safeguarding as wide a genetic diversity as possible". La conservation ex situ est essentielle l... o- "the pressures on natural habitats and the difficulties of maintaining protected areas in countries without the necessary resources to invest". Le r"le des Jardins botaniques a chang‚: "They are simply front-line areas in the battle against the erosion and destruction of the vital resources of the planet". Il constate que les Jardins botaniques se trouvent principalement en zone temp‚r‚e, et aimerait que ceux-ci puissent en soutenir d'autres en zone tropicale, r‚gions trŠs menac‚es, en esp‚rant que le BGCI pourra promouvoir de tels jumelages. Il plaide pour une plus grande Conservation d'espŠces en danger dans les Jardins botaniques, ... l'image de ce qui se fait d‚j... dans les Jardins zoologiques. Il termine en esp‚rant que tous les Jardins botaniques dans le monde soient coordonn‚s ... travers le BGCI afin de conserver un maximum d'espŠces en danger, et propose l'UICN comme coordinateur entre les Jardins botaniques et les autorit‚s des parcs et des zones prot‚g‚es dans le monde, afin de maintenir cette relation entre conservation in situ et ex situ.

John Akeroyd (Comit‚ de r‚daction, Flora Europaea) rappelle que l'Europe compte une flore de prŠs de 12500 espŠces. Mais les habitats naturels disparaissent, ... cause de l'agriculture toujours plus efficace et ‚tendue, l'urbanisation progressive, l'expansion de l'industrie touristique, et plus r‚cemment l'instabilit‚ politique locale. Les Jardins botaniques constituent un lien essentiel entre le jardin, le terrain, l'herbier et les ‚tudes de laboratoire, qui fournissent la base de la recherche pour les strat‚gies de conservation. La biodiversit‚ est l'une des ressources les plus pr‚cieuses d'Europe, et les Jardins botaniques jouent un r"le de plus en plus fondamental dans la protection des espŠces indigŠnes.

Peter Wyse Jackson (directeur, BGCI), rappelle le r"le majeur des Jardins botaniques dans le processus de conservation et comme centre de comp‚tences. Il constate que seulement 30% des plantes rares ou en danger en Europe sont cultiv‚es dans les Jardins botaniques, et que parmi celles-l... un grand nombre doit ˆtre repr‚sent‚ par un ‚chantillonnage g‚n‚tique inadapt‚. Le problŠme ne tient pas aux moyens ... disposition, mais ... la volont‚: "if every botanic garden in Europe agreed to ensure the survival of only five species, perhaps from their local area, the conservation of the European flora could be assured". Il rappelle l'existence du International Transfer Format for Botanic Garden Records comme moyen d'‚changer des informations entre Jardins botaniques et de coordonner les activit‚s de conservation. Puis il rend attentif au fait que lors d'une mesure de conservation ex situ dans un Jardin botanique par exemple, il est n‚cessaire d'avoir une population g‚n‚tiquement repr‚sentative de l'espŠce sauvage. Et que la r‚introduction incombe aux Jardins botaniques. Il constate l'importance des banques de gŠnes et espŠre la cr‚ation d'un r‚seau entre elles. Il met en exergue le r"le pr‚pond‚rant de l'‚ducation dans les Jardins botaniques comme facteur de sensibilisation, et plaide pour une meilleure reconnaissance de l'horticulture dans les Jardins botaniques: "Improving and integrating good horticultural planning and practices into botanic gardens procedures will be crucial as the individual plant population are managed to conserve and track the genetic variation management of the individual plants within each population".

Attila Borhidi (pr‚sident, IAGB Europe-M‚diterran‚e), observe que Kew cultive 40'000 espŠces, soit 15% de toutes les espŠces connues, Berlin 20'000 espŠces, etc. Les collections sont regroup‚es par thŠmes, soit taxonomiques, soit g‚ographiques. Il compte 1600 Jardins botaniques dans le monde, 530 en Europe, une surface totale th‚oriquement capable d'accepter la culture des 250'000-300'000 espŠces de plantes ... fleur du monde. Mais la r‚alit‚ est toute autre: "the diversity of the flora is not followed by the diversity of Botanical Gardens". Il constate que la plupart des Jardins botaniques tropicaux sont utilis‚s comme p‚piniŠre pour l'exploitation forestiŠre tropicale, plut"t que pour conserver la flore sauvage, ou alors ne font que reproduire les modŠles des Jardins botaniques europ‚ens. La diminution de moyens financiers oblige mˆme certains ... devenir des parcs publics. Mais cette situation doit changer: "Now botanical gardens should never become a goal in themselves, particularly not in the tropics, they must be related to the rich tropical nature...". Il termine par un plaidoyer sur la n‚cessit‚ d'une collaboration entre pays riches et pays pauvres, mais en demandant d'impliquer au maximum dans cette collaboration des scientifiques des pays pauvres.

Louis Olivier (directeur, Conservatoire botanique national de Porquerolles, France) fait l'historique des Jardins botaniques m‚diterran‚ens, qui fonctionnŠrent ... leur d‚but comme annexes des facult‚s de m‚decine. Puis suite aux voyages des m‚decins-naturalistes, on y acclimate des espŠces. Les espŠces alimentaires ou m‚dicinales sont progressivement remplac‚es par des espŠces ornementales. Ces Jardins m‚diterran‚ens ‚taient le fait de riches amateurs passionn‚s. Mais les h‚ritiers n'ont pas voulu poursuivre l'oeuvre de leurs ancˆtres, souvent par manque de moyens financiers. Les collectivit‚s locales ont souvent repris le flambeau, mais actuellement, la botanique est marginalis‚e dans de nombreux pays, et souffre ... la fois d'un discr‚dit et d'un manque d'effectifs.

Martin Holdgate conclut la session en ‚num‚rant neuf id‚es exprim‚es par les conf‚renciers qui lui paraissent essentielles:

  1. Les Jardins botaniques doivent devenir les centres de la conservation de la diversit‚ biologique,
  2. Nous devons continuellement d‚velopper et entretenir des liens Nord-Sud, Est-Ouest et in situ-ex situ,
  3. Des sommes ‚normes sont d‚pens‚es par diff‚rentes institutions gouvernementales et non-gouvernementales pour la Conservation, mais trŠs peu sont disponibles pour les Jardins botaniques. C'est aux Jardins botaniques de se manifester afin d'en obtenir aussi pour la conservation de la biodiversit‚,
  4. Les Jardins botaniques doivent aussi regarder vers l'ext‚rieur: il doivent s'investir dans la r‚habilitation d'habitats, la r‚introduction d'espŠces, l'entretien de r‚serves naturelles, etc.
  5. Les taxonomistes sont aussi "une espŠce en danger". Il est absurde qu'... une ‚poque o- le monde prend conscience que 80% de la flore et de la faune sont inconnus, les professions li‚es ... la connaissance de la biodiversit‚ soient aussi peu soutenue,
  6. La n‚cessit‚ de rendre les Jardins botaniques attractifs,
  7. Utiliser les forces existantes,
  8. Mettre ... disposition les connaissances publi‚es de fa‡on trop confidentielles, peut-ˆtre au moyen de relais propos‚s par le BGCI ou l'IUCN,
  9. Tout d‚veloppement doit se faire dans un contexte culturel, aucune solution ne peut ˆtre impos‚e.

Session II Structure et ressources des Jardins botaniques

Hartmut Ern (Jardin botanique et Muse‚ de Botanique, Berlin-Dahlem), pr‚sident de cette seconde session, tente de d‚finir ce qu'est un Jardin botanique: une institution contr"l‚e par un ou plusieurs botanistes qui conservent une collection vivante selon un systŠme strictement scientifique, en se basant g‚n‚ralement sur deux outils: une bibliothŠque et un herbier. Il met ensuite en cause l'existence des "Index seminum": "...l'‚nergie et le temps investis dans sa production n'‚taient pas toujours ... la mesure de sont utilit‚ r‚elle", pour les remplacer par des inventaires des collections vivantes et une modification fondamentale de la politique d'‚change.

John Reinhard (directeur, Hortus Haren, Pays-Bas) d‚crit les fonctions d'un Jardin botanique, puis rappelle qu'Hortus Haren est devenu ind‚pendant de l'Universit‚ d'Etat de Groningen en 1988. Il s'est dŠs lors transform‚ afin de devenir une attraction touristique autour des thŠmes de la Nature et de l'Environnement. Le prix des entr‚es a pass‚ de 0.25 Florins ... 11.- Florins entre 1986 et 1993. Mais dans le mˆme temps le nombre de visiteurs a pass‚ de 60'000 ... 170'000. Cette augmentation des visiteurs malgr‚ celle du prix d'entr‚e est attribu‚e ... l'am‚lioration continuelle du parc, l'organisation de manifestations de toutes sortes ... l'int‚rieur, une promotion trŠs active ... l'ext‚rieur. Tous les secteurs d'activit‚ de ce "nouveau" Jardin botanique sont pass‚s en revue, en mettant en ‚vidence les gains obtenus de chacun d'eux.

Lev Andreev (directeur, Jardin botanique Moscow Main) rappelle qu'Augustin Pyrame de Candolle et son fils ont ‚t‚ ‚lus ... l'Acad‚mie des Sciences de St-P‚tersbourg, puis qu'Augustin Pyrame en est devenu membre honoraire, pour sa grande contribution ... la botanique. Il affirme que les travaux des de Candolle ont eu un grand impact dans le d‚veloppement de la botanique en Russie, particuliŠrement en taxonomie et en morphologie. Puis il dresse l'inventaire des Jardins botaniques russes. Leur nombre a n‚cessit‚ la cr‚ation en 1952 d'un Conseil des Jardins botaniques, subdivis‚s dŠs 1963 en conseils r‚gionaux. Les instituts botaniques sont, par ce conseil, charg‚s des recherches en taxonomie et classification, de l'‚tude de la composition, de la structure et de la dynamique du couvert v‚g‚tal, de la macro et de la micromorphologie, ainsi que de la conservation des espŠces en danger. Des projets de collaboration ont ‚t‚ mis en place avec l'Inde dans les ann‚es soixante et septante, dŠs 1976 avec les Etats-Unis, et actuellement avec la Cor‚e du Nord, la Pologne, la Slovaquie et la Bulgarie. Suite ... la disparition de l'Union Sovi‚tique, les Jardins botaniques de Russie ont form‚ un Conseil des Jardins botaniques de Russie, qui comprend 50 de ceux-ci. Puis en avril 1992, une nouvelle association acceptant les Jardins botaniques des pays de l'ancienne Union Sovi‚tique a vu le jour, l'Association des Jardins botaniques Euro-Asiatiques. Cette association est membre de l'Association Internationale des Jardins Botaniques (IABG).

J. Esteban Hern ndez-Bermejo (directeur, Jardin botanique de C¢rdoba, Espagne) retrace l'historique de la cr‚ation de son Jardin botanique, en marquant l'appui qu'il a re‡u de l'IABG, puis du BGCI. Puis il explique dans quel contexte l'Association Latino-Am‚ricaine et des Cara‹bes des Jardins botaniques, ainsi que l'Association Ib‚ro-Macaron‚sienne des Jardins botaniques, ont vu le jour. La collaboration entre ces jardins se fait au niveau d'‚changes d'espŠces, d'Index Seminum publi‚s en commun (ce qui ‚vite la duplication des collections et diminue les co-ts d'‚dition), des programmes d'‚ducation, d'expositions, de cours et conseils techniques, de progrŠs m‚thodologiques. Il constate que bien des Jardins botaniques sont li‚s d'une maniŠre ou d'une autre ... la CITES, et deviennent des centres de conservation des plantes confisqu‚es. Il observe l'effet stimulant de telles collaborations sur la revitalisation ou la cr‚ations de Jardins botaniques, et dresse une liste des collaborations achev‚es, particuliŠrement avec Cuba, selon le modŠle de coop‚ration par paires propos‚ par le BGCI. Il conclut en faisant l'apologie de telles associations ou r‚seaux, en esp‚rant un IABG plus efficace (relativement au BGCI), et en montrant le poids que prend un Jardin botanique inclut dans un r‚seau face aux autorit‚s politiques. Dans ce sens, il lance l'id‚e de la cr‚ation d'une Association des Jardin botaniques de la Communaut‚ Europ‚enne.

Hartmut Ern conclut la session en r‚sumant les diff‚rentes conf‚rences. Il regrette que l'IABG, "the mother company", soit absente de ce colloque, et ‚voque quelques souvenirs d'excursions en Espagne. Ces explications lui permettent de prendre exemple du d‚veloppement de la botanique et des Jardins botaniques en Espagne pour encourager les pays de l'Est ... suivre la mˆme voie.

Session III Education et gestion du public

David Bramwell (directeur, Jardins botaniques de Las Palmas, Espagne) pr‚side cette troisiŠme session. Il constate d'entr‚e qu'elle sera principalement ax‚e sur l'‚ducation. Ce thŠme devrait ˆtre l'un des plus importants d'un r‚seau international de Jardins botaniques. Il explique que des documents comme "the education Strategy" ou "the Guidelines for Germplasm Conservation in botanical gardens" peuvent paraŒtre inutiles dans des pays industrialis‚s, mais qu'ils servent de r‚f‚rences dans d'autres Jardins de part le monde. Ils sont le moyen de transf‚rer nos connaissances, de penser globalement et d'agir localement.

Julia Willison (coordinatrice, programme d'‚ducation, BGCI) commence par d‚montrer que mˆme si les programmes d'‚ducation semblent importants pour les responsables de Jardins botaniques, peu sont ceux qui en d‚veloppent. Elle constate que le Jardin botanique est le lieu le plus appropri‚ pour dispenser la connaissance des plantes, principalement grƒce au nombre de visiteurs (un potentiel de 150 millions dans le monde), aux connaissances et ... la matiŠre qui s'y trouvent. Elle met ensuite en ‚vidence la difficult‚ de trouver des financements, la comp‚tition accrue face aux parcs d'attractions, et la n‚cessit‚ de d‚velopper des d‚partements "publicit‚". Elle lance cet axiome: "Botanic Gardens need to get involved in education if a) they want to survive and b) they want the planet survive". Puis elle dresse la liste des actions actuellement entreprises en ‚ducation: les panneaux de signalisation de tous ordres, les tours guid‚s, les expositions, les programmes d'‚ducations. Elle pr‚sente le programme "Project Green Reach" du Brooklyn Botanic Garden, New York, dont l'objectif est de susciter chez les enfants un int‚rˆt pour la botanique ... long terme, ainsi que le programme du Jardin botanique UNAM ... Mexico, qui forme principalement des enseignants (on atteint de cette maniŠre plus d'enfants). Elle donne encore d'autres exemples en Australie, en Tasmanie, ... Cuba, en Hollande, et termine en r‚p‚tant que les programmes d'‚ducation seront ... l'avenir une des moyens de survie des Jardins botaniques et certainement le seul pour conserver effectivement les plantes.

Terry Keller (New York Botanical Garden) observe que le Jardin botanique de New York, fond‚ il y a une centaine d'ann‚es, se trouvait alors dans un site bucolique. Suite aux troubles sociaux des ann‚es soixante et septante, le Bronx est abandonn‚ par la classe moyenne, des bƒtiments sont br-l‚s. Au d‚but des ann‚es 80, le Jardin botanique apparaŒt comme une oasis de verdure, coup‚e d'une communaut‚ troubl‚e et d‚moralis‚e. En 1988, la quatriŠme mission ‚nonc‚e par les fondateurs du Jardin botanique est remise ... l'honneur ... travers le programme "Bronx Green-Up": "to play a responsible part in our community". L'objectif du programme est de faire reverdir tous les espaces abandonn‚s. Le r"le social de ces espaces verts est mis en ‚vidence par T. Keller, qui explique quels sont les appuis qui sont donn‚s ... ces petites communaut‚s par le Jardin botanique de New York, ... travers l'exemple d'une communaut‚, celle de Soeur C‚cilia. Elle d‚montre que les Jardins peuvent supplanter les vendeurs de drogue. Et de citer une ‚tudiante, Kendra: ...A community gardening program is more than finding an empty lot and planting a few flowers. It brings people together from different backgrounds to participate in something positive. It provides people with a sense of ownership and it gives them a sense of pride in where they live. But most of all, it shows that with a little push, change is possible".

David Bramwell conclut la session en notant que les conf‚renciers demandent plus d'‚ducation dans les Jardins botaniques, de faire rentrer les programmes d'‚ducation environnementale dans les ‚coles, de d‚velopper les r‚seaux afin de ne pas r‚inventer des choses d‚j... faites ailleurs, d'enseigner aux enseignants afin de toucher encore plus de gens. Il constate que rare sont ceux qui peuvent se vanter d'avoir modifier socialement leur communaut‚ locale comme l'a fait Terry Keller.

Session IV: Am‚nagement et paysagisme dans les Jardins botaniques

Rodolphe Spichiger (directeur, Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de GenŠve), pr‚sident de la quatriŠme session, d‚crit les missions d'un Jardin botanique en fonction des diff‚rents secteurs qu'on y trouve. Il pose la question: "Comment faire cohabiter l'esth‚tique et la science?". Il montre que bien des visiteurs se promŠnent dans le Jardin pour "voyager dans leur tˆte". Il pr‚sente les diff‚rents secteurs du Jardin botanique de GenŠve, en expliquant que celui-ci s'est agrandi par adjonctions successives de terrains. Il en r‚sulte une situation qui n‚cessite l'‚tablissement d'un concept g‚n‚ral pour l'am‚nagement global de ce Jardin, raison pour laquelle un concours d'id‚es propos‚ aux architectes a ‚t‚ lanc‚ dans le cadre du 175Šme anniversaire des CJB. Il en espŠre "une approche visionnaire et imaginative du r"le et de l'int‚gration du Jardin dans la GenŠve du XXIŠme siŠcle".

William McK. Klein Jr (directeur, Fairchild Tropical Garden, Miami) cite le cas d'une tornade qui a d‚truit en Nouvelle Angleterre le 10 juillet 1989 la "Cathedral Pines", forˆt poss‚dant des arbres vieux de 200 ans et d‚cr‚t‚e Monument Naturel National. Il en a suivi un vaste d‚bat public sur la maniŠre de reconstruire ce temple de la Nature. Faut-il laisser faire la Nature ou reconstruire? Il poursuit sur une r‚flexion ... propos de notre relation avec la Nature: "There is an implicit principle of human behavior important to conservation: the better an ecosystem is known, the less likely it will be destroyed". Selon lui, nous ne prot‚geons bien que ce que nous pouvons nommer. La destruction ... soixante ou septante pour cent de son Jardin botanique par la tornade Andrew, le 24 ao-t 1992, va lui ouvrir les yeux sur la relation d'un Jardin botanique avec le monde. Cet ‚v‚nement sera pour lui comme une m‚taphore ... mettre en relation avec la destruction du monde tropical. Le Jardin "monde" doit ˆtre consid‚r‚ comme l'on considŠre le Jardin "botanique". S'il est d‚truit, il faut le reconstruire. Il fait ensuite l'historique du "Fairchild Tropical Garden", cr‚‚ en 1938 par un passionn‚ de cycas et de palmiers, le colonel R. H. Montgomery. Il raconte comment la collection s'est mise en place et constate qu'il n'existe pas de politique d'acquisition dans la plupart des Jardins botaniques. Il lui paraŒt n‚cessaire d'allier ... la fois l'art de la forme et la collection botanique, occasion qui lui a ‚t‚ donn‚e par la reconstruction du "Fairchild Tropical Garden". Il transforme ce d‚sastre en ‚v‚nement et utilise toutes les possibilit‚s pour valoriser le mat‚riel perdu (‚tudes morphologiques ou pharmaceutiques, biotechnologies, ex‚cution de travaux d'artistes, ...). Puis grƒce au travail de plus de mille volontaires, le "Fairchild Tropical Garden" rouvre ses portes au public le 3 octobre 1993. Il conclut avec 4 axiomes qui dirigent la politique d'acquisition du Jardin:

  • montrer la diversit‚ la plus large possible de plantes tropicales d'une maniŠre plaisante pour le visiteur,
  • interpr‚ter et montrer les relations biologiques dans les collections, en relation avec des programmes d'‚ducation ou scientifiques,
  • documenter et enregistrer les plantes acquises en relation avec les programmes de recherches ou de conservation, en accord avec les standards botaniques,
  • utiliser les collections pour promouvoir la conservation de la biodiversit‚ ... travers l'‚ducation ou la collection de germplasmes en coop‚ration avec d'autres institutions botaniques.

Mike Maunder (Royal Botanic Gardens, Kew) rappelle que l'on doit continuellement expliquer que les collections ont une relation avec le monde r‚el et que les Jardins botaniques ont un r"le ... jouer en tant que gardien de la biodiversit‚. Il montre qu'un certain nombre d'espŠces ne sont connues que des Jardins botaniques (dont 13 ‚teintes dans la Nature se trouvent ... Kew), auxquels incombe la responsabilit‚ de les multiplier et de les r‚introduire dans leur pays d'origine. Mais la philosophie de la conservation change, voir pour cela la "Global Biodiversity Strategy" ou l'"Agenda 21". La conservation d'une unique espŠce n'est pas suffisante, les Jardins botaniques doivent plus s'impliquer dans les programmes de d‚veloppement du Tiers monde, en faisant attention toutefois de ne pas copier le modŠle des pays industrialis‚s, mais bien de trouver des solutions originales. Le d‚veloppement durable doit suivre trois critŠres: il doit ˆtre ‚cologiquement durable, ‚conomiquement viable et socialement d‚sirable. L'‚tablissement de Jardins botaniques en zones de d‚veloppement peut aider ... promouvoir le d‚veloppement durable, ainsi qu'... ‚tablir des lieux de conservation ex situ pour des espŠces du pays, selon les voeux de l'"Agenda 21". Il montre l'action de Kew dans ce domaine au travers d'exemples de collaboration au Cameroun et ... St-H‚lŠne. Pour conclure, il montre que conservation in situ et ex situ fonctionnent en compl‚mentarit‚. Les Jardins botaniques ont un r"le ... jouer dans les pays en voie de d‚veloppement comme lieu d'‚ducation ... l'environnement, afin de sensibiliser la population ... la protection des r‚serves naturelles, et plus largement ... la protection des espŠces et de leur habitat.

Gilles Cl‚ment (cole Nationale Sup‚rieure du Paysage, Versailles, France) propose une approche diff‚rente du Jardin botanique, celle d'un paysagiste. Il compare la PlanŠte ... un Jardin, les deux ‚tant des systŠmes clos. Pour lui, le Jardin est un index plan‚taire. Son approche est originale dans le sens o- l'index qu'il propose est pr‚sent‚ diff‚remment: il met en valeur le comportement des espŠces plut"t que leur classification syst‚matique. Il effectue un brassage plan‚taire dans la mesure o- il fait cohabiter des espŠces de r‚gions ‚loign‚es, mais qui ont en commun ce qu'il appelle le biome, c'est-...-dire le lieu th‚orique des flores et des faunes compatibles entre elles. Par exemple le biome m‚diterran‚en, qu'on retrouve en diff‚rents points du globe. Il constate que certaines espŠces introduites, par exemple dans des forˆts de Nothofagus, permettent ... ces forˆts d'atteindre le climax plus rapidement. Il explique ensuite son travail dans le parc Andr‚ Citro‰n. Il y a "brass‚" 150 espŠces de toutes origines. Le r"le du jardinier consiste ... suivre leur d‚veloppement, ... comprendre leur comportement, en les laissant interagir, en suivant leurs d‚placements au cours des ann‚es (car ce sont surtout des annuelles ou des bisannuelles, qui se ressŠment l... o- le vent les pousse). Cette maniŠre de faire permet d'utiliser 10 fois mois d'‚nergie, c'est-...-dire 10 fois moins de temps. Il montre ensuite la photo d'un eucalyptus, prise au Nord d'Ad‚la‹de, et grƒce ... cela en quelque sorte immortalis‚. Cet arbre n'est pas plus ‚tonnant qu'un autre, mais comme on en parle, il reste dans les m‚moires. "Il est donc important de faire le tour de la question en la d‚crivant, afin qu'on garde la conscience de son importance, toujours dans le temps". En conclusion, il pr‚sente une photo d'une zone cultiv‚e prŠs d'un bois. Il explique que l'agriculture d'aujourd'hui est drastique, qu'elle va contre LA vie, pour favoriser UNE vie. La mˆme chose pour la ville. Mais ... c"t‚ se trouve une forˆt, une Nature, et l'articulation entre les deux est le lieu de notre travail, de notre savoir-faire, qui int‚resse ... la fois les botanistes et les paysagistes.

Rodolphe Spichiger conclut la session. Il relŠve que "la d‚marche de G. Cl‚ment est celle que suit la nature anthropis‚e, alors que celle de M. Maunder permet la conservation d'‚chantillons de r‚f‚rences intacts". La remise en ‚tat d'un Jardin botanique d‚vast‚ par un ouragan de M. McK. Klein est pour lui un exemple de "l'‚nergie de l'espoir".

Conclusion g‚n‚rale

Rodolphe Spichiger s'inquiŠte de la disparition de l'enseignement de la botanique syst‚matique ... l'universit‚, pour la confier aux Jardins botaniques. Il observe que "les missions des Jardins botaniques deviennent tellement multiples qu'elles deviennent concurrentielles entre elles". Il constate que ces nouvelles missions sont accomplies grƒce ... des collaborations avec des organismes ext‚rieurs, comme l'universit‚, les Organisations Non Gouvernementales, les services de l'environnement. Il faut donc ‚tablir des r‚seaux non seulement "entre gens de la mˆme espŠce", mais aussi maintenir des relations ‚troites avec ces organismes. Face ... la crise, nous ne survivrons que si nous prouvons que nous avons une action ... la fois sociale et ‚ducative.

Vernon Heywood (Directeur consultant, BGCI) constate que le monde de la Conservation s'est beaucoup modifi‚ depuis quelques ann‚es. "Nous avons cr‚‚ des mythes autour de notre monde naturel qui sont d‚riv‚s des id‚es romantiques du 19Šme siŠcle plut"t que d'une vue r‚aliste". Il rappelle que la biodiversit‚ animale et v‚g‚tale existe dans tous les habitats. A l'avenir, la Conservation ne se fera pas dans des zones prot‚g‚es ni dans des Jardins botaniques. Le temps des grandes collections, inventaires, banque de gŠnes, zones prot‚g‚es est termin‚. Les Jardins botaniques ne doivent pas s'imaginer qu'ils pourront r‚introduire un grand nombre d'espŠces, mais ils ont un r"le primordial ... jouer dans la r‚habilitation d'habitats. Il constate aussi que nous sommes obnubil‚s par la raret‚. Il pense que la raret‚ est bien souvent un aveu d'‚chec. Il plaide pour une r‚flexion de base sur la biodiversit‚, et rappelle que nous ne connaissons pas grand chose ... ce sujet. Il s'interroge sur la relation entre le travail de laboratoire qui est poursuivi dans un Jardin botanique et les activit‚s du Jardin lui-mˆme: "Combien de Jardins botaniques au monde existe-t-il o- l'herbier et le jardin ne font pas des choses diff‚rentes?" Enfin il soutient l'id‚e que les Jardins botaniques doivent fonctionner comme centre d'information, en prenant l'exemple de la bibliothŠque des CJB, une des plus belles au monde.

Ateliers

La troisiŠme journ‚e du colloque a ‚t‚ entiŠrement consacr‚e aux Ateliers. Quatre ont eu lieu au CICG, con‡us comme des tables rondes autour d'un thŠme, deux ‚taient plus pratiques, le premier le matin a permis d'analyser les r‚sultats du concours d'architecture sur le Jardin de l'an 2000 sur le lieu d'exposition des plans, le second l'aprŠs-midi ‚tait consacr‚ ... l'‚ducation dans le Jardin.
Atelier 1:  La nouvelle Europe des Jardins botaniques: quel avenir?
Atelier 2:  Botanique et Education: une nouvelle approche
Atelier 3:  R‚seau national de Jardins botaniques: avantages et difficult‚s
Atelier 4:  La Convention de Washington: r"le des Jardins botaniques
Atelier 5:  Architecture et paysagisme pour l'an 2000: l'exemple du Jardin botanique de GenŠve
Atelier 6:  Bases de donn‚es et Jardins botaniques

Excursion

Cette excursion post-congrŠs a eu lieu les 5 et 6 juin 1993. Les organisateurs, Didier Roguet et Bertrand von Arx, avait tenu ... l'orienter selon le mˆme thŠme que celui du colloque. Ils ont pu compter sur la pr‚sence d'une quarantaine de participants.

Conclusion

Ce colloque a ‚t‚ un grand succŠs, tant sur le plan local qu'international. Le m‚rite en revient grandement ... la qualit‚ des orateurs, que nous remercions ici encore de leur collaboration. Les organisateurs aimeraient remercier toutes les personnes qui ont particip‚ ... l'organisation, ainsi que les organismes qui ont cautionn‚ et soutenu cette manifestation: Botanic Gardens Conservation International (BGCI) et Convention on International Trade in Endangered Species of wild fauna and flora (CITES).