Botanic Gardens Conservation International
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Etnobotanica - Geneve - Bolivia - Paraguay

Number 9 - December 2005

Sarah Dixon

Knowledge-Sharing Between North and South

The Conservatoire et Jardins Botaniques de Geneva is involved several projects to promote sustainable use of plants in La Paz, Bolivia and in Paraguay. Here are two recent stories:

- Etnobotánica PACENA (EPA)
- Etnobotánica PARAGUAYA (EPY)

 

En francaisEtnobotánica PACENA (EPA)
Liliana Collazos, coordinatrice projet

PacenaQue l’on parcoure l’altiplano bolivien en marchant, en le survolant ou à bord d’un véhicule, parmi les herbes sèches et les «yaretas», le sol s’ouvre soudain sur une dépression profonde, comme un cratère gigantesque, où loge un ensemble de constructions qui forme une ville de 800'000 habitants, La Paz.

Nous sommes à une altitude de 3600 mètres, sur un territoire qui fut un jour formé par une sorte d’immenses stalactites glaiseuses. Les espaces verts sont le privilège des nantis, dans le sud de la ville. L’exode rural a inondé La Paz de gens en provenance des zones rurales et des autres villes boliviennes. Ceux-ci se sont installés jusqu’aux rebords les plus élevés de cette dépression, attirés par ce centre urbain qui est à la fois la capitale gouvernementale et une source d’emploi, principalement du secteur informel.

En descendant par les rues de ces pentes couvertes de maisons à demi terminées et de façades défraîchies, nous remarquons les petites terrasses où l’on trouve des plantes en pot telles que la camomille (pour préparer «le thé qui soigne tout»), «pajarillo», «boca de sapo», «kantuta» (symbole national), des cactus, et surtout, la «ruda» (pour éloigner le mal).

En descendant plus bas, le tissu urbain s’intensifie et les bâtiments deviennent plus hauts, mieux finis et plus colorés. Avec un peu de chance, nous pourrons voir des zones ouvertes de verdure, des petites places avec un peu d’herbe, des saules pleureurs et parfois quelques fleurs qui auront survécu à la rudesse du climat à ces hauteurs. Descendons encore, nous arrivons au «Paseo del Prado», avec ses pins, ses hêtres et ses peupliers, qui sépare en deux la rue principale traversant toute la ville. Depuis là, au fond, nous pouvons observer comme un véritable cadeau du ciel, le majestueux «Illimani», la montagne aux neiges éternelles.

Le long de cet axe central, tout en continuant à descendre, nous trouvons sur la gauche la colline du «Kusillo», entourée d’un espace resté non bâti. Un espace qui, par le passé, servit de cachette aux universitaires qui luttaient contre les dictatures, et qui est aujourd’hui converti en un musée éducatif et interactif pour la jeunesse bolivienne. Le musée du Kusillo est une réalisation commune de la Municipalité de La Paz et de la Fondation Quipus (Quipus: système de lecture et de calcul encore utilisé par les «Jilaqatas» – dirigeants des communautés indigènes–, «Ayllus» dans la culture Aymara).
 
Au bas de la colline, près de l’entrée du musée «Kusillo», on trouve le «jardin ethnobotanique de la Paz», qui fait partie du programme «Etnobotánica Paceña», réalisé sous les auspices des conservatoire et jardin botaniques de la Ville de Genève. Le jardin est le produit d’un travail mixte de la part d’une équipe formée par des suisses, des boliviens et des paraguayens.

Bosques andinosLe jardin ethnobotanique est organisé en séquences éducatives. En entrant, montant le long du sentier qui mène au musée, nous trouvons la première séquence: la «table de La Paz». Les enfants de La Paz peuvent découvrir, soigneusement placés sur une table sculptée dans la pierre, les produits de consommation courante et qui font partie de la nourriture typique bolivienne: «chairo» (soupe avec de la fécule de pomme de terre, du blé, de la pomme de terre), «pataska» (ragoût) au maïs pelé, des fèves, des petits pois, «huacataya», menthe; «llajua» (sauce piquante au poivron et à la tomate); «arhui», l’amarante, le quinoa ou la cañahua, ces derniers étant la base de l’alimentation des peuples indigènes depuis des millénaires.

A côté de la «mesa paceña», les enfants peuvent voir d’où proviennent les produits qui sont à la base de leur alimentation, par le biais d’un potager où sont plantés les espèces de la table.
 
En montant, un tronc impressionnant attire notre attention: un arbre de «Queñua» de 200 ans. 

Table de la Paz
S. Rios (g.) et L. Collazos, responsables boliviens du projet, devant la «Mesa paceña», la Table de La Paz


Nous entrons ensuite dans la séquence de la «forêt Andine». «Thola», «queñua», «kiswara» et «yareta», espèces arborées de l’Altiplano, aujourd’hui menacées, sont là pour nous montrer ce qui formait la forêt andine perdue. Nous avons l’espoir que par le biais de ce jardin, les enfants puissent prendre conscience de l’importance de la conservation de cet héritage naturel unique et de sa beauté.

Plus loin, un jardin de plantes médicinales du pays: la coca, la camomille, le «cedron», la «huira huira», et bien d’autres encore. C’est la séquence «Les plantes qui nous soignent». Le «Jardín Etnobotánico Paceño» comprendra bientôt trois séquences supplémentaires: 
– un jardin de la pomme-de-terre où l’on abordera la diversité variétale de ce tubercule andin,

– deux jardins «artisanaux» consacrés aux plantes formant le matériel de base utilisé par les artisans.

Le programme «Etnobotánica Paceña» démarra avec succès en 2001, grâce au travail innovateur du Directeur des conservatoire et jardin botaniques de la Ville de Genève et d’une équipe dynamique de professionnels suisses et boliviens.
 

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Etnobotanica PARAGUAYA (EPY)
Ana Pin, coordinatrice projet

Vous rappelez-vous du projet d’ethnobotanique paraguayenne? Nous l’avions présenté dans un numéro antérieur de la Feuille verte, en particulier à travers une contribution de D. Roguet, responsable scientifique de ce projet.

Marche Asuncion
Enquête au marché n°4 (Asuncion)


En tant que coordinatrice paraguayenne du projet, c’est un plaisir de vous conter qu’EPY continue à se développer en interaction avec les utilisateurs potentiels de mon pays, qu’ils soient vendeurs de plantes médicinales, enseignants, paysans, récolteurs ou simple visiteurs du Jardin botanique d’Asuncion et de ses collections. Il sert aussi de modèle de travail pour d’autres villes du Sud comme celles de La Paz (Bolivie), de São Paulo (Brésil) et de Dakar (Sénégal) avec qui le projet EPY entretien à travers les CJB des relations soutenues (coopération, échanges de matériaux pédagogiques et d’expertises). Cette fonctionnalité sud–sud est très stimulante.

On peut rappeler que ce projet se développe dans le cadre d’une convention de coopération entre les villes de Genève et d’Asuncion au Paraguay. Le programme est financé par le Fonds de coopération de la Ville de Genève; il bénéficie d’un budget d’environ 30'000 francs suisses par année. Une des activités principales de EPY est réalisée en collaboration avec la Croix-Rouge Suisse. Il s’agit de la formation continue d’une trentaine de «promoteurs de santé – jardiniers» de l’organisation Tesaï Reka Paraguay (TRP) («à la recherche de la santé» en guarani, notre langue nationale avec l’espagnol), qui représente dix-neuf associations paysannes du pays.


Atelier San Pedro
Atelier dans la région de San Pedro pour les agriculteurs et promoteur de santé

 Objectifs principaux de EPY

1. La formalisation scientifique des connaissances botaniques concernant les espèces medicinales utilisées et consommées au Paraguay;
2. la restitution des connaissances à la population qui les utilise quotidiennement;

3. l’assistance technique pour la conservation et la gestion des ressources phytomédicales naturelles et sauvages.


Les résultats obtenus depuis l’année 2000 peuvent être résumés comme suit:

– Gestion et amélioration permanentes du «Vivero» medicinal central (450 espèces en culture) au jardin botanique d’Asunción (JBA). Ce qui en fait une des collections les plus complètes d’Amérique du Sud.
– trois ateliers de formation pour les promoteurs-jardiniers de TRP, à la campagne (Département de San Pedro);
– six stages de formation pour les promoteurs-jardiniers de TRP, au Jardin botanique d’Asunción («Vivero» central);
– trois ateliers pour la création de «viveritos» modèles de plantes médicinales dans les diverses communautés paysannnes.
– édition d’un manuel de formation pour les promoteurs de santé-jardiniers destiné aux groupes de TRP pour la mise en culture de vingt espèces médicinales sélectionnées par leurs soins; il s’agit d’un guide intégré et autogéré pour la création de jardins communautaires (illustrations botaniques et dessins originaux).
– deux ateliers pour les enseignants, realisés en collaboration avec le Centre d’Education Environnementale de la Ville d’Asunción (CCEAM) (60 participants); sur la thématique patrimoniale des plantes médicinales et la création de jardins scolaires de plantes médicinales;

– deux ateliers participatifs pour les vendeuses/eurs de plantes médicinales et guérisseurs (40 participants);

Asuncion
Enquête au marché n°4 (Asuncion)

 – attention permanente au public (très hétérogène et fort nombreux) qui visite le «Vivero» central du JBA;
– création d’un herbier de référence (430 échantillons montés et étiquetés), provenant du «Vivero» central du JBA;
– réalisation d’une vidéo informative et éducative (20 min.) sur les plantes médicinales (en espagnol);
– réalisation d’une vidéo informative (20 min.) sur le Projet EPY, en français, éditée en Suisse par les CJB;
– réalisation d’une exposition permanente sur les plantes medicinales dans une des salles du musée d’histoire naturelle du jardin botanique d’Asunción;
– réalisation de divers matériaux éducatifs produits et diffusés par EPY (feuillet d’information, fiches pédagogiques, support d’atelier, etc.), qui ont été aussi distribués gratuitement à des institutions, bibliothèques et ministères en relation avec notre travail.

Longue vie au Projet EPY et à une prochaine Feuille verte pour d’autres développements!