Rôles des jardins botaniques en République du Zaïre

Kibungu Kembelo

Jardin Botanique Gillet de Kisantu, Kisantu, B.P. 108 Inkisi, Bas-Zaïre, Républic du Zaïre
(c/o Procure des Missions, 8 Ch. Haecht, 1030 Bruxelles, Belgium)


Introduction

La République du Zaïre est l'un des pays africains qui peut se feliciter de possèder sur son immense territoire, en plus de parcs nationaux de grande réputation, deux grandes jardins botaniques de rénommée internationale. Il s'agit du Jardin Botanique de l'Etat d'Eala et le Jardin Botanique Gillet de Kisantu dans le Bas-Zaïre.

Ces deux institutions sont situées à proximité de grands centres urbains et sont donc facilement accessibles.

Pour avoir oeuvré de 1972 à 1982 au Jardin Botanique d'Eala et travaillant depuis 1987 au Jardin Botanique de Kisantu, je suis à même de vous parler de l'implication de ces Jardins dans la vie du pays depuis leur création. C'est donc avec enthousiasme que j'ai accepté d'en parler pour faire écho au thème du Deuxième Congrés International des Jardins Botaniques et Conservation tenu à l'Ile de Réunion en 1989.

Présentation des Jardins Botaniques

Les deux grands jardins botaniques du pays à savoir le Jardin Botanique de l'Etat d'Eala et le Jardin Botanique Gillet de Kisantu ont été crées en 1900, le premier par l'état coloniale à l'initiative de l'émminent botaniste belge, le Professeur E. Laurent de Gembloux; et le second par le Frère Justin Gillet (1866-1943) de la Compagnie de Jésus implantée à Kisantu à partir de 1893.

Fiches techniques

L'Eala

Le Jardin Botanique de l'Eala fut considéré pendant longtemps comme le troisième jardin tropical du monde par sa superficie (371 ha), sa situation géographique particulière par rapport à l'équateur et sa richesse floristique. Il rend directement compte de la richesse végétale du centre africain et de ses possibilités agricoles. Aussi a-t-il servi de centre d'introduction et d'acclimatation de plusieurs espèces exotiques d'intérêt alimentaire. Sa flore contient entre 3500 à 5000 espèces cultivées et spontanées regroupées au collection, dont les plus importantes sont les palmiers, les espèces sylvicoles, médécinales et de marais dont les plantes carnivores.

Les premières années de l'indépendance, caractérisées par le désordre et les troubles, l'ont tellement affecté qu'il en porte encore les marques aujourd'hui. Car malgré sa grande diversité floristique, la proximité d'un grand centre urbain et d'un cours d'eau navigable, le Jardin Botanique d'Eala n'a jamais atteint ou dépassé les deux milles touristes par an!

Kisantu

Le Jardin Botanique de Kisantu, par contre, est un oeuvre missionnaire qui, par la volonté de son fondateur, le Frère Justin Gillet, et la détermination de ses successeurs, est devenu le premier jardin botanique d'Afrique Centrale par la beauté de son site. Sa superficie est 225 ha.

Sa flore contient 2000 à 3000 espèces parmi lesquelles beaucoup d'espèces exotiques comme les Aracées, Cactacées, Crassulacées, Conifères, bambous et autres arbes fruitiers, qui y occupent une place de choix. Toutes les flores du monde s'y cotoient dans le respect de la volonté de son fondateur: "Faire de ce coin de brousse, un Eden ..."

Actuellement le Jardin attire jusqu'à 20 mille touristes et scientifiques par an.

Rôles des jardins botaniques

Période coloniale (1900-1960)

Jardins botaniques au service du social (agriculture), de la science et de l'éducation

Les deux jardins botaniques du Zaïre ont joué un rôle prépondérant dans l'essor de notre agriculture, laquelle fut à la base de leur création. On note principalement l'apport très important du Jardin Botanique d'Eala qui, par sa situation géographique particulière, offrait de nombreux avantages.

Pour le colonisateur, un développement durable n'était pas possible sans agriculture pour l'intérêt de la Métropole et l'avenir de la grande colonie. Ainsi débutèrent dans ce Jardin les tentatives d'intoduction et d'acclimatation de plusieurs espèces alimentaires et économiques, dont le matériel selectionné et diffusé fut à la base l'implantation à travers le pays et dans les autres pays africains de grandes plantations industrielles telles que celles d'hévéa, de cacao, de café, de té, de palmier à huile ... etc. C'est ce qui éxplique l'intégration du Jardin Botanique de l'Eala au sein de l'Institut National pour l'Etude et de la Recherche Agronomique (l'INERA).

Toujours à partir d'Eala, l'INERA réalisa de nombreuses études sur les plantes cultivées et sur l'élevage, sur l'amélioration des paturges à partir du matériel introduit et selectionné au Jardin Botanique de l'Eala.

L'INERA contribua à la connaissance de notre flore par de nombreuses récoltes d'herbiers permettant l'élaboration de la flore du Congo-Belge et du Ruanda-Urundi. Les études sur la croissance des espèces sylvicoles en culture au Jardin, les caractéristiques des forêts naturelles et leurs essences furent entreprises de mêmes que des études comparatives sur la capacité de germination de leurs graines .... Un travail immense fut abattu, comme en témoignent de nombreux clones, en conservation au Jardin Botanique de l'Eala. Une station météorologique de 1er ordre, fournit des renseignements très utiles sur la climatologie particulière de la Cuvette Centrale.

De même en 1958, fut inauguré un musée didactique, renfermant plusiers échantillons de bois de nos forêts et des profils pédologiques de différents sols du pays, succeptibles de renseigner les exploitants forêtiers et les agriculteurs.

Le Jardin Botanique de Kisantu a lui aussi contribué au développement de notre agriculture par les cultures maraichères, vivrières et fruitières que le Frère Justin avait réussi à acclimater. C'est ainsi que le Jardin de Kisantu fut surtout célèbre par ses légumes et ses arbes fruitiers comme le mangoustanier dont le nom du fruit se confond aujourd'hui encore à celui du Jardin.

Le Jardin Botanique de Kisantu développa de façon intense l'horticulture. La création dans le Jardin d'une école de formation d'horticulteurs et d'auxiliaires agronomes témoigne de la volonté de doter le pays d'une main d'oeuvre qualifée.

Période post-coloniale

Alors que les deux Jardins Botaniques atteignirent leur apogée comme institutions scientifiques vers les années 1958 à 1960, il faudra attendre 1972 pour que les tourisme prenne pied au Jardin Botanique de Kisantu avec le début d'implantation des structures d'acceuil: restaurant, bancs de repos, ashaltage des pistes principales. C'est le début du tourisme du vision, des loisirs. Les jardins sont mis en veuilleuses.

C'est à partir de 1976 que le culturel et le tourisme prennent définitivement le pas sur le scientifique avec la création du Département de l'Environnement, de la Conservation de la Nature, et Tourisme. En 1978, tous les jardins botaniques et zoologiques du pays fusionnent pour constituer une seule institution de coordination appelée Institut des Jardins Zoologiques et Botaniques du Zaïre, à laquelle seront assigné entre autres:

D'aucuns ont cru qu'avec la création du Département de l'Environnement, de la Conservation de la Nature et du Tourisme, les jardins botaniques allaient se doter des équipements et des infrastructures nécessaires pour remplir leurs nouvelles missions: la conservation et le tourisme.

Malhereusement, rien de concret n'a été entrepris en dépit des promesses faites et des programmes de réhabilitation élaborés. Ici encore c'est le Jardin Botanique de Kisantu qui en profitera le plus, grâce à sa situation privilégiée.

Le nombre des touristes, des scientifiques et des groupes organisés (cercles culturels et écoles) va croissant sans qu'aucun programme particulier pour le tourisme de masse et l'éducation en matière de protection d'environnement ne soit entrepris.

Ces jardins végètent, freinés dans leur développement, privés des moyens matériels et financiers adéquats.

Enfin se révèle l'engouement des pays riches pour la protection de la nature, aujourd'hui qui succite beaucoup d'espoir quant au soutien qu'ils peuvent nous apporter. Nous sommes dans une période d'ouverture vers l'extérieur, d'affiliation aux grandes organisations internationales qui gèrent l'énvironnement dans le monde: UICN, WWF, BGCI et enfin PAAZAB.

On note également l'éveil favorable des africains à la nouvelle culture de l'environnement. Car l'environnement est l'affaire de tous. L'UICN résume bien les aspirations d enos pays, je cite: "Dans les pays en voie de développement la conservation des ressources génétiques et la recherche des voies et poyens pour un meilleur usage des plantes sauvages, confèrent au jardin botanique moderne un rôle vital dans le développement national".

Avec cette nouvelle vision des jardins botaniques, l'espoir renait, quoique tempéré du fait des ressources disponibles très limitées et leur distribution parcimonieuse par les pays riches. D'où l'importante question du choix des buts à poursuivre par la réalisation d'un planning des activités à entreprendre. Le Prof. Eloff d'Afrique du Sud dénombre cinq activités pour le jardin botanique à savoir: la gestion, l'horticulture, la recherche, l'usage de la plante et l'éducation. Nous aussi avons opté pour le même schéma, mais au lieu de l'horticulture, nous mettons beaucoup plus l'accent sur l'agriculture.

En effet au moment où le monde entier se préoccupe de sauver l'humanité menacée par la pollution, une grande partie de l'Afrique lutte pour la survie de ses populations menacées de famine! Dés lors, une question se pose pour nous africains: comment concilier les impératifs de protection de l'environnement et ceux de l'alimentation, donc, du développement?

En d'autres termes, les jardins botaniques, naguère au service de l'agriculture, doivent-ils se préoccuper désormais uniquement de la conservation de la biodiversité?

Nous croyons avec d'autres, qui ont démontré la convergence des objectifs entre la conservation et la développement, qu'il y a moyen à la fois de nourrir nos populations et de préserver leur environnement. Car les bases de l'agriculture jetées à l'époque coloniale ont été sapées lois de l'avénément de notre pays à l'indépendance en 1960. Le travail de la terre a été dévalorisé et abandonné au profit de celui du bureau. Pendant près de trente ans, rien n'a été fait de concret, bien que l'agriculture ait été proclamée priorité des priorités. La seule institution du pays à caractère agronomique, l'INERA, que nous héritons de la période coloniale, a été sabordée et sa reprise exige autant de volonté politique que de moyens matériels, financiers et humains!

Maintenant que le Zaïre aspire au changement et prend conscience de son destin, il est necssaire de relancer l'agriculture, base de tout développement durable. Ce n'est donc pas le moment pour les jardins botaniques, véritables banques de gènes, de baisser pavillon ou d'abandonner leur rôle primitif. Ils ont depuis leur création toujours fonctionné comme des centres agricoles spécialisées pour la diffusion des semenciers et des techniques culturales, grâce à leur expérience, leur personnel très qualifié hérité de l'ancien INERA et le sérieux dans leur travail.

Ils peuvent donc continuer en attendant qu'ils soient rélayés, fonctionner comme des pepinières-relais, sans porter préjudice ni à la conservation de la biodiversité ni à la préservation de leur milieu.

Conclusions

Nous avons essayé à travers cette intervention de montre comment les jardins botaniques du Zaïre ont joué un rôle prépondérant dans l'essor de notre agriculture mais aussi leur contribution à la science et à l'éducation, et plus tard le tourisme.

Nous croyons qu'avec l'aide soutenue des organisations internationales, les jardins du Zaire peuvent aussi jouer un rôle de premier plan dans la conservation de la biodiversité du milieu. Car la protection de l'environnement est pour les peuples d'Afrique une nouvelle culture. Comme la démocratie, elle doit s'apprendre. Mais en attendant, ces mêmes jardins, pour acquérrir l'adhésion populaire, doivent pour citer Pierre Bourque (1988):

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